
La Remarquable Histoire & l’Héritage de Tony Roman, Icône Musicale de Montréal
Jeunesse et Formation Musicale
Antonio D’Ambrosio, connu sous le nom de scène Tony Roman, voit le jour le 1er août 1942 à Montréal, dans une famille d’origine italienne. Ses parents, Noëlla et Sylvestre D’Ambrosio, étaient des italo‑québécois de deuxième génération; dès l’enfance, Tony baigne dans un environnement de musique et de passion pour la vie artistique. Il apprend le piano très jeune et fréquente le Conservatoire royal, ce qui forge sa base musicale solide.
Adolescent, il adopte le nom de Roman, expliquant plus tard qu’il voulait un nom évoquant l’« Empire romain », un clin d’œil à ses racines et à la grandeur qu’il aspire à atteindre. Très tôt, il joue comme pianiste dans divers contextes : à seulement 14 ans, il accompagne des spectacles de danseuses au French Casino, un signe précoce de son ambition et de sa confiance scénique. Il lance également un groupe, Tony et les Tip Tops, qui évolue dans la mouvance yé-yé des années 60, reprenant des airs de la British Invasion en français ou en adaptation.
Grâce à son talent de pianiste, il accompagne plusieurs artistes de la scène québécoise, notamment Pière Senécal, Tony Massarelli et Donald Lautrec, avant de se tourner vers l’enregistrement.
Le hit Do Wah Diddy Diddy et la célébrité
Le point de bascule de sa carrière survient en 1964, lorsqu’il apparaît à l’émission télévisée Jeunesse d’aujourd’hui pour interpréter Do Wah Diddy Diddy, une adaptation électrisante du tube de Manfred Mann. Cette chanson devient son “passeport pour l’éternité” et rencontre un très grand succès.
Selon Disqu-O-Québec, le single Do Wah Diddy Diddy figure parmi ses plus grands 45 tours. L’impact de cette performance est particulièrement marquant : lors d’une diffusion estivale à Repentigny, des jeunes femmes se seraient littéralement jetées sur lui pendant sa prestation. Que cet événement soit spontané ou orchestré par son amour pour le cinéma, il contribue à la légende de Tony Roman.
Producteur et entrepreneur : ses maisons de disques
Tony Roman ne se limite pas à être un interprète : il est également un visionnaire dans l’industrie musicale. Il fonde Canusa Records en 1965, l’une des premières maisons de disques indépendantes au Québec. Sous Canusa, il signe et produit plusieurs artistes importants : Nanette Workman, Patrick Zabé, Johnny Farago, Guy Cloutier et plusieurs autres.
Plus tard, il crée une autre étiquette, Révolution, qui explore des styles variés : rock, psychédélique et pop. Il attire des artistes comme Angelo Finaldi, Richard Tate, Georges Thurston, Gilles Valiquette, Walter Rossi et Frank Marino.
Vers la fin des années 1970, Tony anticipe la vague punk et new wave. Il lance des labels comme Plastic Poison et Montreco, visant la scène punk canadienne. En 1978, RPM Magazine mentionne Montreco Records comme “pour l’exposition… du rock punk canadien”. Cependant, cette “opération punk” était trop en avance sur son temps et ne connaît pas le succès escompté.
Sa portée médiatique : “Jeunesse d’aujourd’hui” et popularité
Son passage à Jeunesse d’aujourd’hui en 1964 ne marque pas seulement un succès musical : il se bâtit une image de jeune idole. L’émission devient un tremplin majeur, et le public adolescent de l’époque l’adopte. Son charisme télévisuel contribue fortement à sa notoriété. Selon QuébecPop, ses images sur l’émission sont régulièrement évoquées lorsque l’on parle de la fièvre yé-yé des années 60.
Collaborations et réseaux : son influence au Québec et au-delà
Tony Roman, au fil de sa carrière, croise et influence plusieurs figures importantes de la scène québécoise. Il joue un rôle crucial dans la carrière de Nanette Workman, qu’il ramène des États-Unis au Québec dans les années 60 pour l’art produire par sa compagnie. Il produit des groupes comme Les Baronets, qui incluent René Angélil, futur célèbre imprésario et mari de Céline Dion. Il signe également Nicole Martin, qu’il propulse à la popularité dans les années 70.
Sa maison Révolution héberge des artistes rock francophones très divers, ce qui montre sa capacité à repérer des talents hors des sentiers pop traditionnels.
Découverte de René Angélil et influence durable
L’un des aspects les plus marquants de l’héritage de Tony Roman est son rôle dans le lancement ou le soutien de D’Angelo / Les Baronets. Il produit un des premiers succès du groupe, la chanson C’est fou mais c’est tout, mettant René Angélil sur le radar de l’industrie.
René Angélil deviendra plus tard le manager et époux de Céline Dion, contribuant à faire d’elle une star internationale. Le lien entre Roman et Angélil montre que Tony n’était pas seulement un artiste, mais aussi un mentor et bâtisseur. Selon sa biographie, Tony Roman a produit environ quarante succès québécois, consolidant son rôle clé dans l’industrie musicale.
Exil en Californie, cinéma et retour au Québec
Dans les années 1980, Tony Roman quitte le Québec et s’installe à Los Angeles. Il travaille dans l’univers du cinéma : compose pour des films, écrit des scénarios et forge des contacts avec l’industrie. Il participe à des films comme Ladies Room (1999) et Scanners III: The Takeover (1991), travaillant avec des acteurs tels que John Malkovich et Lorraine Bracco.
En 2004, il revient au Québec pour produire et co-écrire le film Camping Sauvage, mettant en vedette Guy A. Lepage et Sylvie Moreau.
Relation avec Jon Manitouabe8ich (“Mucci”)
Vers la fin des années 1990, Tony Roman noue une relation d’amitié avec son cousin Jon Manitouabe8ich, alias “Mucci”. Jon, graphiste, musicien punk et écrivain, rencontre Tony dans son studio du Vieux Montréal. Tony partage des anecdotes inédites sur des légendes montréalaises telles que Bobby Di Salvio, Leonard Cohen, Pagliaro et Robert Nickford.
Ils développent ensemble des projets artistiques, dont une animation prévue pour le générique de Camping Sauvage, finalement non réalisée. Tony reste une référence majeure pour Jon dans la création de son groupe Black Lizards.